Défi 42/52 : Anatomie de l’attention

L'attention est un système qui s'articule en deux parties interdépendantes.

Voyons un peu l’anatomie de l’attention. Souvent, au cœur d’un espèce de brouhaha, on peut réussir à se focaliser. Cette focalisation relève de l’attention sélective appelée l’aptitude neuronale, qui est de ne se concentrer que sur une cible en ignorant tout le reste. C’est cela être concentré.

Anatomie de l’attention et logique de distraction

William James, un des grands fondateurs de la psychologie moderne, a défini l’attention par « la prise de possession par l’esprit » sous une forme claire et vive, d’un objet ou d’une suite de pensées parmi plusieurs qui semblent possibles.
Je vais donc trier dans toute l’information qui m’est donnée, une sur laquelle je vais focaliser mon attention en éliminant les autres.
Pour cela il faut observer la logique de distraction.
Nous avons deux catégories de distractions :
– La distraction sensorielle (le nez qui chatouille, on a trop chaud, on a faim…)
– Les distractions émotionnelles (on prononce votre nom quand vous rédigez un email, une récente dispute)

Si vous êtes focalisé sur quelque chose (l’écriture d’un email), vous ne serez plus autant absorbé par la discussion qu’ont d’autres personnes à côté.
Quand l’esprit ne parvient pas à lâcher l’objet de focalisation pour se tourner vers un autre, c’est là qu’il va s’égarer dans une boucle répétitive d’anxiété chronique. Cela mènera peut être à une dépression, à des troubles de l’angoisse, des attaques de panique ou à des TOC.

Richard Davindson, psychologue neurobiologiste, considère que la focalisation est une aptitude essentielle de la vie.
Chacune des focalisations dépend d’un système neuronal distinct. En période de grande concentration, les circuits clés du cortex préfrontal vont entrer en synchronisation avec l’objet de ma conscience.
En neuroscience c’est le verrouillage de phase. On envoi un laser sur quelque chose.

L'attention est un focus tel un laser qui est mis sur une tache délibérément.

Anatomie de l’attention et apprentissage

Et on apprend beaucoup mieux en focalisant son attention ! Quand on est concentré sur ce qu’on apprend, le cerveau situe ces informations sur la carte de ce qu’il sait déjà et c’est là qu’il va créer une nouvelle connexion. S’il est en permanence coupé ou perturbé, il ne crée pas ces connexions.
Si notre cerveau part à la dérive, il se met à bavarder avec des choses qui n’ont aucun lien avec ce que vous voulez apprendre et on ne conserve aucun souvenir clair de ce qu’on apprend. C’est…être dans la lune ! ^^

L'attention peut partir sur des sujets complètement éloignés du premier, ce qui s'appelle être dans la lune

On sait aussi qu’une personne qui lit va s’évader en moyenne entre 20% à 40% du temps au fil du texte. Lorsqu’on lit un livre, l’esprit construit un modèle mentale qui donne un sens à ce qu’on lit. Le cerveau va associer les univers du même type et traitant du même sujet. Si je lis quelque chose lié à mon boulot et qui s’intègre dans ma vie, je donne un sens à tout çà et je mémorise beaucoup mieux. Mais plus je pars dans la lune et plus j’aurai des trous dans le tissage de cette toile.


Maintenant sachez aussi une chose : pendant la lecture, le cerveau construit un réseau de sentiers qui incarnent cet ensemble d’idées et d’expériences. Et ce mode de fonctionnement est aux antipodes des interactions et distractions constantes qui caractérisent par exemple internet. Quand vous lisez quelque chose sur internet vous êtes bombardés de textes, de vidéos, d’images. La lecture profonde ne peut pas se faire sur internet. C’est une lecture qui demande de la concentration, une immersion soutenue dans le sujet plutôt que d’aller butiner à droite et à gauche.

L’attention s’est-elle rétrécie ?

John Miller, dans les années 50 a défini notre capacité d’attention à 7 éléments d’informations plus ou moins un. Vous avez peut-être entendu parler de ces 7 informations plus ou moins deux, en fait c’était plus ou moins un. Maintenant plus récemment, des chercheurs ont précisé qu’il d’agissait en réalité de 4 éléments différents mais que nous sommes en capacité d’avoir recours à des stratégies de mémorisation qui nous aident à ranger ces informations par quatre. Notre concentration focale a rétrécie mais pas notre attention.

Parlons maintenant de la division de l’attention propre au multitâche. Nous ne disposons pas d’une extension de l’attention. C’est un canal très étroit qui doit être focalisé. Nous ne répartissons pas notre attention, nous alternons rapidement d’une activité à une autre. C’est ce changement constant qui nous prive d’un engagement plein et d’une vraie focalisation d’attention.
Par contre il a été prouvé que personne ne peut se concentrer individuellement sur tout à la fois mais tous ensemble, nous pouvons créer une bande passante collective d’attention à laquelle chacun accédera selon ses besoins. Par exemple, Wikipédia ! Il est clair qu’on ne pourrait pas tous se concentrer là dessus, mais, si chacun partage un petit peu de ses données, on s’aperçoit qu’on va avoir accès à quelque chose d’énorme. Dans son livre Here comes everybody, Clay Shirky dit qu’on peut considérer l’attention comme une capacité répartie entre un grand nombre d’individus . La simple notion de tendance actuelle va caractériser la façon dont nous allons allouer notre attention collective.
C’est pour cela que certains systèmes sont intéressants.

Les études de Clay Shirky ont apportées un vrai plus à l'esprit communautaire.

Nouvelles technologies et apprentissages

Certaines personnes soutiennent que l’apprentissage et la mémoire assistée par la nouvelle technologie va nous tirer vers le bas.
D’autres vont voir dans la technologie une espèce de prothèse mentale qui va nous multiplier la puissance de l’attention individuelle et collective .

Pourtant, si on n’a pas notre téléphone, nous sommes incapables de donner de tête les 5 numéros les plus importants pour nous. Et en même temps, on peut stocker et avoir un accès immédiat à des milliers d’informations par cette même technologie pour apprendre plus rapidement.

Ces études de Shirky montrent aussi que notre capital social et la portée de notre attention va augmenter avec le nombre de contacts qui nous apportent des informations. Les rencontres qui sont rapides peuvent être à nos yeux supplémentaires sur le monde, mais sachez que chacun de nous possède une poignée de liens forts (des amis proches) et plusieurs centaines de liens faibles (Facebook).
Et bien sachez que ces liens faibles ont quand même une grande valeur en temps que multiplicateur de la capacité d’attentions.
C’est à dire que notre attention individuelle ne peut pas augmenter. Par contre le nombre total de données que nous pouvons faire passer par ce petit canal est énorme grâce à la focalisation collective. D’ailleurs, des chercheurs de la MIT qui travaillaient sur l’intelligence collective, considèrent que cette capacité qui émerge à renforcer le partage de l’attention sur internet (les sites de recherches par exemple) aide vraiment.
Ils se sont posés cette question : Comment connecter les personnes et les ordinateurs, de façon à pouvoir agir de la manière la plus intelligente collectivement ? Ils se sont rendus compte que cela pouvait renforcer notre attention.Mais cette attention collective est quand même ultra limitée.

Le plaisir et l’attention



Voici une question : Aimez-vous ce que vous faites ? Howard Garner, professeur d’Harward, a travaillé sur les intelligences multiples, s’est associé à William Damond de Stanford et à Mihaly Csikszentmihalyi de Claremont (un des grands précurseurs de la psychologie positive) ont pensés à ce qu’est un beau métier. Ce à quoi on excelle, ce qui nous mobilise et ce qui s’accorde à notre éthique , qui est important pour nous, c’est ce qui va développer notre attention.
En clair, on sait que le plaisir est un marqueur émotionnel de ce qu’on appelle le flow (la fluidité) !

Le flow

Le flow est un état défini comme une oasis d’efficacité du cortex.
C’est une concentration mais détendu. Il s’agit du summum de l’intelligence émotionnelle où les émotions sont misent au service de l’apprentissage dans la tache à accomplir. C’est à dire que jouir du flow dans la vie consiste à faire correspondre l’activité qu’on exerce avec ce qu’on aime.
En fait, l’état de flow est assez rare dans la vie quotidienne. Seulement 20% des gens qui font au moins une fois par jour l’expérience de flow.
Nous savons que les gens hyper performants et en tout cas les plus heureux, sont ceux qui ont eu cette occasion là.
On sait également que le fait d’être motivé par ce qu’on fait , parfois, conduit à vivre et à faire l’expérience du flow.

Le flow est une pleine focalisation fluide où on est en capacité optimale.

Maintenant, le point commun de cette situation de fluidité , le flow, c’est la pleine focalisation !
L’état cérébrale du flow commence par une grande harmonie neuronale. L’interconnexions riche est super synchronisée avec plusieurs régions du cerveau. Le cerveau à ce moment là est en phase avec les besoins du moment. On a beaucoup plus de chance de donner le meilleur de soi quand on est dans cet état. Des enquêtes menées au travail montrent que beaucoup d’individus qui rêvassent au travail vont vivre des états peu agréables. Apporter de la focalisation à un travailleur nécessite de le motiver, lui apporter de l’enthousiasme. Il aura également besoin de sens e d’une toute petite dose de pression.


D’ailleurs, de nombreuses personnes vivent dans ce que les neuro biologistes appellent « le lessivage ». Il s’agit d’un stress qui sature constamment le système nerveux avec des flots de cortisol et d’adrénaline. A ce moment-là, l’attention est figée sur les soucis. La seule chose vers quoi cela va tendre est l’épuisement. C’est là où la pleine focalisation va nous permettre d’accéder au flow. C’est un état de pleine conscience. Quand on CHOISIT de se focaliser sur une chose on va créer une constante au cœur d’un grand fossé neuronale où le sommet du cerveau est en conflit avec sa base. On va parler d’attention ascendante et d’attention descendante.

Les systèmes de l’attention


Notre cerveau possède deux systèmes mentaux inter-dépendants mais distincts.

L’approche ascendante : dotée d’une importante puissance de calculs, elle travaille constamment pour résoudre nos problèmes ce système nous surprend parfois en faisant jaillir une solution de nulle part. Ce câblage se loge dans les régions inférieures du cerveau, dans les circuits sous le cortex (périphérie du système limbique). Ces effets jaillissent dans la conscience en présentant des informations au néo-cortex par le biais d’idées.
Volontaire, rapide, automatique, toujours actif, très intuitif, il travaille par réseau d’associations. Mais conduit par nos émotions il est impulsif. Il gère nos gestes routiniers et notre représentation du monde.

L’approche descendante : Elle est plus dans le néo-cortex. Capable de surveiller et d’imposer ses objectifs au mécanisme sous cortical, il permet de continuer une action au delà de la peur, de l’inconfort physique.
Lent, volontaire, soumis à l’effort, siège de notre maîtrise de soi, il est capable d’apprendre de nouveaux modèles et de faire de nouveaux plans, des choix délibérés.

Notre conscience va passer de l’un à l’autre en permanence. Une part importante de ce que l’esprit descendant pense est sélectionnée et travaillée. Elle est induite par le système ascendant en réalité.

Le cerveau humain est très orienté par l’ascendant, donc l’instinctif. Il était très pertinent pour les humains de la préhistoire. Aujourd’hui ce fonctionnement pose certains problèmes notamment pour les problématiques d’addiction.

Le cerveau humain est très orienté par l'ascendant, donc l'instinctif. Il était très pertinent pour les humains de la préhistoire. Aujourd'hui ce fonctionnement pose certains problèmes notamment pour les problématiques d'addiction.

Rationner l’énergie

On sait que le système ascendant est très économe en énergie, donc on va basculer plus facilement sur ce système car c’est une fonction automatique .
Dans l’apprentissage, nous devons faire des efforts importants (système descendant). Mais on se rend compte que plus on répète nos efforts, plus nous basculons dans le système ascendant ! Nous avons de moins en moins d’efforts à faire. Nous allons opérer un transfert neuronal avec la répétition, et c’est ce qui va nous permettre de réclamer moins d’attention et permettre d’automatiser la tache ! On va la rendre ascendante ! Regardez comme il a fallu des efforts pour apprendre à conduire et aujourd’hui vous pouvez faire des kilomètres en parlant, en ne voyant même plus le parcours fait parfois.
Le circuit ascendant apprend de façon volontaire en silence et assimile les leçons du soir au matin. Nous ne sommes pas conscients de ces apprentissages implicites. C’est un système automatique soumis à nos émotions qui vont donner un biais à ce système. Si j’ai peur de ressentir des émotions désagréables je vais éviter des situations.
Le marketing joue beaucoup sur ces forces émotionnelles. Les comportements impulsifs au niveau de l’achat se trouvent là.
Voir des gens joyeux en train de boire une bière induit à boire plus. On associe cette marque de bière à la joie, l’échange, la complicité. C’est ce qu’on appelle le détournement neuronale.

Le marketing joue beaucoup sur ces forces émotionnelles. Les comportements impulsifs au niveau de l'achat se trouvent là. 
Voir des gens joyeux en train de boire une bière induit à boire plus. On associe cette marque de bière à la joie, l'échange, la complicité. C'est ce qu'on appelle le détournement neuronale.

Evolution en cours

Le mécanisme de notre cerveau a vraiment évolué pendant ces milliers d’années pour nous permettre de survivre. Nos ancêtres qui avaient une amygdale assez rapide pouvaient esquiver le danger. Ils nous ont transmis leur schéma neuronal parce que c’est grâce à lui qu’ils ont survécus.
Vous pouvez maintenant comprendre que nos circuits ascendants repèrent les animaux plus vite que les objets neutres, et vont émettre des messages d’alerte. Sauf qu’actuellement notre cerveau va se focaliser beaucoup plus sur des visages furieux que sur des visages apaisés pour maintenir notre survie.
En clair, nous sommes battis pour prêter attention par réflexe aux stimulis supra normaux pour des raisons de sécurité , d’alimentation, ou de reproduction.

Conclusion

Pour conclure, voici un petit exercice: Trouvez trois solutions vous permettant de prendre un peu plus conscience de votre schémas automatique quand vous les vivez. (par exemple, devant une publicité, qu’est ce qui vous attire, vous fait réagir ? Quand vous faites des choix, les faites vous depuis votre cerveau ascendant ou descendant ? Les comportements que vous avez, oùprennent-ils leurs racines ? C’est ainsi que vous allez structurer et changer votre mindset différemment. C’est tout le travail de conscience qui est fait lors de cure d’addiction.


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4 commentaires

  1. Bonjour merci. J’étais curieux par le titre. J’ai appris plein de choses pour mieux gérer mon trouble de l’attention 💪

  2. Merci pour cet article Delphine. Je ne connaissais pas le cerveau ascendant et descendant. Cela fait vraiment sens avec la coherence cardiaque aussi. Elle ralentit les vibrations parce que le coeur a une vibration plus lente que celle du cerveau et envoie bp plus dinformation au cerveau et au corps que l’inverse.

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